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1876 - 1964

August Sander

[Wikipédia] Portraitiste scrupuleux de la république de Weimar, Sander réunit réunit August Sander, né le 17 novembre 1876 à Herdorf (province de Rhénanie) et mort le 20 avril 1964 à Cologne, est un photographe allemand. Portraitiste scrupuleux de la république de Weimar, Sander réunit photographie documentaire et pratique artistique, une démarche exemplaire aujourd'hui. Sa démarche de photographe professionnel qui s'engagea dans une pratique artistique est une référence essentielle pour les artistes photographes des années 1970 et 1980. 

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Sander qualifiait la photographie par trois mots : « Voir, observer, penser. » 

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Au commencement des années 1920, Sander est en contact avec les artistes progressistes de Cologne (de) et trouve dans ce cercle une forte résonance.

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Il se trouve en contact avec des musiciens, des écrivains, des architectes et des acteurs dont beaucoup lui font réaliser leur portrait, et se trouvent dans son grand recueil Menschen des 20. Jahrhunderts (Les Hommes du XXe siècle). 

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Le nazisme affecte fortement son travail et sa vie personnelle. Son fils Erich, membre du Sozialistischen Arbeiterpartei Deutschlands (Parti socialiste ouvrier d'Allemagne), est arrêté en 1934 et condamné à la prison ; il y meurt en 1943 ou 1944, peu avant la fin de sa peine, d'une appendicite non soignée. En 1936, son livre Antlitz der Zeit est saisi et les exemplaires imprimés détruits. 

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Pendant la guerre, il déplace son Lebensmittelpunkt (lieu officiel d'habitation pour le rationnement alimentaire) à Kuchhausen dans le Westerwald, où il peut mettre en sécurité la plupart de ses négatifs et de ses photographies avant les bombardements. Son studio est détruit en 1944 par une attaque aérienne. 

En 1946, il commence une vaste série de photographies sur les destructions de la guerre à Cologne. 

Sander meurt en 1964. Sa tombe se trouve au Melaten-Friedhof, principal cimetière de Cologne. 

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Si l'on n'étudie que Hommes du XXe siècle c'est déjà 500 à 600 clichés, conçus comme une mosaïque du « Visage d'une époque», répartis en 7 sections subdivisées en cartons, ses portfolios. Suzanne Lange présente cette œuvre ainsi : « Partant de ce qu’il appelle «le portfolio archétypal » (Antlitz der Zeit, Visage d'une époque, 60 photos exposées en 1927, publié en 1928), le photographe a défini les groupes suivants : « Le paysan », « L’artisan », « La femme », « Les catégories socioprofessionnelles », « Les artistes », « La grande ville », ainsi qu’un septième groupe intitulé « Les derniers des hommes », ayant pour thème la vieillesse, la maladie et la mort. » 

Œuvre d’une vie, conçue vers 1925, son travail était encore en cours en 1964 et comprenait des clichés allant de 1892 à 1954. Mais il semble difficile de distinguer parmi les photographies réalisées dans le cadre de son activité professionnelle celles qu'il a considérées comme relevant de sa démarche artistique (entre 500 et 600). 

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L’œuvre n’est pas issue de la crise (le Jeudi Noir de 1929), mais la précède et la reflète ensuite. Sous une apparente neutralité, elle porte la marque d’un climat d’affrontement Gauche / Droite en Allemagne qui se repère aussi dans le champ artistique de son époque : ainsi l’exposition Neue Sachlichkeit, Nouvelle Objectivité, pensée comme « un catalogue qui va de la Droite à la Gauche » par son organisateur le directeur de musée G.F. Hartlaub en 1925. C’est en effet en 1925 que Sander est convaincu par des peintres engagés à l’Extrême Gauche, de donner une forme artistique à son projet de documentation socio-historique. 

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Son appartenance à la Neue Sachlichkeit a été remise en question par une analyse de son style, le style documentaire dont il est l’un des représentants les plus significatifs. La Neue Sachlichkeit fut d’abord une exposition de peintres et n’a jamais formé un groupe ni même un mouvement. Selon Günter Metken, il est tout à fait abusif de fondre systématiquement August Sander parmi ces peintres comme on le fait habituellement. 

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Le livre de Renger-Patzsch Die Welt ist schön (en), Le monde est beau, paru en 1928 est un catalogue de vues du monde naturel et du monde de la production industrielle. Les vues sous des angles multiples, des éclairages intenses en gros plan et sans profondeur permettent de composer l’image, avec une précision égale en tout point de l’image, et de révéler ainsi l’étrangeté de ces formes familières dans leur « pure présence muette ». Mais les pratiques de Sander sont à l’opposé : ce sont des vues qui préservent en général l’intégralité du sujet (donc pas de cadrage sécant pour composer l’image), la lumière est douce, le point de vue en général frontal, avec un cadrage simple et large, pour ses portraits (presque toujours statiques) mais aussi pour ses photos de monuments (Le pont transbordeur de Marseille, 1925-30). Dans les portraits il jouait d’ailleurs de la profondeur de champ qui détaille par exemple les matières des vêtements, des mains et des accessoires du premier plan mais ne révèle pas les détails physiologiques du visage situés au-delà. Enfin à la différence des peintres de portraits de la Neue Sachlichkeit, Christian Schad, George Grosz… Selon le sociologue Sylvain Maresca, Sander « substitue aux noms de ses sujets un subtil jeu de signes d’identité sociale qui varient selon les positions occupées et le degré de considération des personnages », et cela relève de son style documentaire. 

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Le style employé par Sander ne relèverait donc pas de la Nouvelle Objectivité, mais du style documentaire, dont il serait l’un des premiers représentants. La définition de ce style est tout l’enjeu des recherches actuelles sur la photographie documentaire. 

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Ainsi s’expliquerait la règle pour Sander de la participation active de l’individu à son portrait. Au moment où Sander mettait son projet en œuvre, en 1925, la photographie primitive de David Octavius Hill qui avait le premier, vers 1850, conçu ses portraits en faisant participer ses modèles était redécouverte et on peut penser que cette œuvre eut un impact certain sur Sander. Le rapprochement fut fait dès 1929 [14]. Cet engouement pour la photographie primitive après les années de jeunesse d’un Sander pictorialiste expliquerait son usage constant d’un matériel désuet à son époque ; le Leica fut commercialisé en 1925, mais il ne l’a jamais utilisé. Il a toujours préféré le travail à la chambre « munie d’objectifs contraignant à un long temps d‘exposition, de 2 à 4 secondes » [15], qui proscrit toute recherche de spontanéité. 

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Enfin et surtout, la part artistique que Sander revendique le plus dans son œuvre consiste dans l’arrangement des photographies entre elles. Un art qui serait selon lui « comme la mosaïque ». C’est donc dans ce montage, dans ces juxtapositions frictionnelles comme dans les variations signifiantes au sein d’une même série (la question de la datation, voulue ou non, des photographies classées, reste problématique) que se situe la part la plus artistique de son œuvre. 

Dans Antlitz der Zeit le portrait de Raoul Hausmann en danseur y est situé entre une artiste de cirque et un marin au chômage, avec chaque fois une pose très singulière. 

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Dès sa parution, l’œuvre de Sander est appréciée par Walker Evans qui trouve dans les années 1930, années de la Grande Dépression, de nombreuses occasions d’une appropriation approfondie. 

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Le genre documentaire, où August Sander apparaît rétrospectivement comme une clé, génère aujourd’hui de nombreuses productions qui stimulent l’analyse de son histoire problématique et de son articulation, tout aussi problématique, au champ artistique.

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