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1898 - 1991

Berenice Abbott

[Wikipédia] Berenice Abbott est une photographe américaine connue pour ses photos de portraits, ses photos documentaires, ses photos de rue, ses photos d'architecture, ses photos scientifiques et pour ses photographies de la ville de New York. Elle a contribué à faire connaître les œuvres des photographes Eugène Atget et Lewis Hine. Considérée essentiellement comme une photographe documentaire, elle est dans la lignée des photographes réalistes américains inaugurée par Mathew Brady, William Henry Jackson, Timothy O'Sullivan. En tant que femme photographe, elle a dû toute sa vie se battre pour s'imposer et être reconnue dans la profession. Elle est également une inventrice, ayant dû — pour les besoins de la photographie scientifique — inventer de nouveaux procédés et appareils innovants. 

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Elle nait dans une époque dans laquelle les femmes doivent accepter les règles qui leur sont imposées sans poser de questions, notamment en matière de convenances, d'éducation, de manière de s'habiller, de comportements dans la société.

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En janvier 1917, après avoir achevé ses études secondaires à la Lincoln High School de Springfield, Bernice Abbott hésite sur ses choix professionnels pour finir d'envisager une carrière de journaliste. Détermination remise en question quand les États-Unis entrent en guerre en avril 1917. Entrée qui provoque des changements sociaux notamment quant aux rôles des femmes qui doivent prendre la place des hommes partis en guerre, rôles qui jusque là les cantonnaient à l'éducation des enfants et à la tenue du ménage.

Bernice Abbott comme d'autres femmes suit un mouvement qui permet aux femmes de fumer, boire, de s'amuser dans des lieux publics. Elle pose ce qu'elle nomme son premier acte de rébellion, elle se coupe les cheveux à la garçonne, ce qui en ces temps est perçu comme un pied de nez aux convenances, c'est avec ce nouveau look qu'elle entre à l'université d'État de l'Ohio, pour suivre des cours de journalisme. 

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Bernice Abbott, gagne sa vie en travaillant comme serveuse, coloriste dans des salons de beauté, modèle pour des peintres et ponctuellement comme comédienne pour le théâtre Provincetown Playhouse, elle accepte des petits rôles issus des pièces rédigées par Eugene O'Neil afin de surmonter sa timidité.

Pendant cette période, elle noue des relations d'amitié avec Sadakichi Hartmann et l'anarchiste Hippolyte Havel, qui pour vivre travaille comme cuisinier dans un restaurant. Lors d'une réunion entre amis ce dernier déclare qu'il considère Berenice Abbott comme sa sœur, elle est non seulement heureuse de l'apprendre mais c'est aussi pour elle une protection.

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Très vite elle abandonne l'université.

Lors d'une répétition d'une pièce d'Eugene O'Neil, Bernice Abott est frappée par la grippe espagnole ; gravement infectée, elle est hospitalisée au Saint Vincent's Catholic Medical Centers de New York où elle reste plusieurs semaines entre la vie et la mort. 

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Bernice Abbott loue un appartement de deux pièces, à proximité de la Sixième Avenue, l'une des pièces sert d'atelier de sculpture. Grâce à son attachement à la sculpture elle se fait des amis. Parmi ceux-ci, il y a le dadaïste Marcel Duchamp, ce dernier est connu entre autres pour avoir déclaré en janvier 1917 l'indépendance de la république du Greenwich Village. Marcel Duchamp étant un joueur d'échec de haut niveau, lorsqu'il rencontre Bernice Abbott, il lui commande un jeu de pièces d'échec et surtout lui fait rencontrer le peintre, réalisateur et photographe surréaliste Man Ray. Man Ray et Marcel Duchamp ont fondé le magazine le New York Dada. Tous les trois deviennent des amis.

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Bernice Abbott cherche sa vocation. Dans cette période de lente maturation, elle étudie le dessin, le journalisme et la sculpture. Elle fait partie d'un groupe dont plusieurs vivent une vie de bohème, en rébellion contre les règles sociales, ils la décrivent comme étant timide et sur la défensive.

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Bernice Abbott suit le conseil de Elsa von Freytag-Loringhoven, le 21 mars 1921, elle embarque à bord du Rochambeau pour la France avec quelques dollars en poche. Une fois arrivée au port du Havre, elle prend le train pour Paris, là, elle contacte André Gide pour lui remettre une lettre de recommandation de la baronne Elsa von Freytag-Loringhoven. 

Les premiers mois sont financièrement difficiles, pour gagner sa vie elle pose comme modèle pour des peintres et sculpteurs, notamment pour John Storrs, donne des cours de danses américaines et occasionnellement vend ses propres sculptures. Bernice Abbott désire prendre des cours de sculpture auprès d'Antoine Bourdelle mais ceux-ci sont trop coûteux, aussi s'inscrit-elle à ses cours de dessin.

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Ayant appris l'allemand durant ses études secondaires, elle pense que cela facilitera son séjour berlinois. Quand elle arrive, l'Allemagne est frappée par une inflation galopante, Les quelques dollars que possède Berenice Abbott deviennent une véritable fortune. Les Allemands se mettent à penser que tous les Américains sont riches, situation qui met mal à l'aise Berenice Abbott qui décide alors de retourner à Paris.

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Un soir alors qu'elle se rend au Bœuf sur le toit, Man Ray lui demande si elle serait d'accord pour remplacer son assistante qui vient de le quitter, si elle accepte il lui versera un salaire de 15 francs (soit l'équivalent de 3 dollars de l'époque). Elle accepte la proposition qui va la sortir de la précarité. Dès qu'elle commence, Man Ray lui apprend les techniques du tirage en laboratoire pour lesquelles elle se montre douée. Elle pose également nue pour lui.

Au bout d'une année, Man Ray lui prête un appareil photo de type Brownie.

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Les portraits qu'elle fait de ses amis plaisent et elle réussit à en tirer quelques revenus. Quand la vente de ses photographies dépasse celle de Man Ray, ce dernier en prend ombrage. Lorsque Peggy Guggenheim demande un rendez-vous auprès de Berenice Abbott plutôt qu'avec lui, il ne peut le supporter, c'est la fin de leur collaboration, elle doit partir et trouver un emplacement pour se loger et installer son studio, laisser le matériel photographique qu'il lui a prêté. 

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Son style photographique se démarque de celui de Man Ray, dont elle dit « il n'y a rien dire quand il photographie des hommes, en revanche il photographie les femmes comme de jolis objets ». Plus tard, elle précise « il ne les laisse jamais apparaître comme ayant une énergie venant d'elles-mêmes ». Cela contrairement aux portraits photographiques de Berenice Abbott, soucieuse de mettre en avant la personnalité de la personne photographiée notamment par ses expressions faciales. Style qui vient de Nadar qui l’a fortement influencée.

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Sa carrière de photographe professionnelle est lancée, ses revenus augmentent et la revue Vogue publie plusieurs de ses portraits photographiques.

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En 1925, Man Ray, montre à Berenice Abbott plusieurs photographies ayant pour sujet la vie quotidienne parisienne et l'architecture parisienne, toutes prises par Eugène Atget, elle est éblouie. 

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Lors de cette visite, Berenice Abbott saisit la modernité de ses travaux photographiques et lui achète quelques clichés et encourage ses amis à faire de même.

En 1927, elle lui demande si elle peut le photographier. Elle prend trois photos, l'une d'elles est émouvante, Eugène Atget ayant désormais un profil voûté et une apparence bien fragile. Quand elle vient lui présenter ses photos, il est trop tard. Le photographe dont elle admirait tant l'œuvre était mort peu après la séance.

Elle profite de sa bonne situation financière pour acheter toutes les archives laissées à l'abandon d'Atget, notamment deux mille épreuves et négatifs à André Calmettes. 

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En janvier 1928, Berenice Abbott emménage au 18 rue Servandoni. La renommée de Berenice Abbott n'est plus à faire : de nombreuses célébrités parisiennes, et américaines vivant à Paris, viennent à son studio pour se faire photographier.

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En 1928, une douzaine de portraits photographiques de Berenice Abbott est remarquée au premier salon des photographes indépendants qui se tient à Paris, salon organisé, entre autres, par Lucien Vogel, René Clair et Florent Fels. Elle est invitée pour parler de son œuvre aux côtés de André Kertész, un photographe hongrois naturalisé américain. Un des critiques présent écrit que « Berenice Abbott sait à la perfection comment mettre en avant les émotions des personnes photographiées conformément à leurs propres agissements. ». 

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En janvier1929, Berenice Abbott munie des épreuves et négatifs d'Atget, monte à bord du paquebot Homeric pour joindre les États-Unis, et s'installe à New York.

La première difficulté qu'elle rencontre est le coût de la vie newyorkaise et donc la difficulté à louer un studio, d'autant qu'elle est inconnue. La crise de 1929 et la Grande Dépression qui suit réduisent considérablement ses revenus.

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De février 1929 à mars 1929, Berenice Abbott sillonne Manhattan du nord au sud et de l'est à l'ouest son appareil photo à la main, dans l'espoir qu'elle puisse vendre quelques-uns de ses clichés à des clients parisiens.

C'est pendant son travail pour la revue Fortune, qu'elle y fait la connaissance de la photographe Margaret Bourke-White qui vient de commencer sa carrière. 

Berenice Abbott découvre le jazz grâce à un ami qui l'emmène au Savoy Ballroom, dans le quartier de Harlem, écouter le bigband de Chick Webb. Elle demande la permission de pouvoir prendre des photos, la permission obtenue, elle retourne au Savoy prendre des photos, qui sont probablement premières photographies d'un bigband en train de jouer. 

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Mais la vie à New York n'est pas aussi aisée qu'elle le pensait et sa renommée parisienne ne lui sert à rien en Amérique où la concurrence entre photographes est plus rude qu'ailleurs. Berenice Abbott n'appartient pas au cercle des admirateurs d'Alfred Stieglitz et de Paul Strand qui dominent alors le microcosme photographique imposant le modèle pictorialiste.

Ne connaissant pas le travail d'Alfred Stieglitz ni celui de Paul Strand, elle souhaite les rencontrer pour envisager une exposition consacrée à Eugène Atget. La rencontre se fait lors d'une exposition de Paul Strand, où est également présent Alfred Stieglitz. Les deux donnent avis négatif aussi bien quant aux clichés d'Eugène Atget que ceux de Berenice Abbott qui les jugent comme étant des déchets et bannissent Berenice Abbott du monde photographique.

À la suite de cette rencontre, Berenice Abbott tient les pictorialistes comme un obstacle au développement de la photographie américaine, leurs oeuvres sont certes de qualité, mais destinées qu'à une élite. Cet éloignement des pictorialistes, la met dans une position marginale vis à vis du monde des photographes, situation qu'elle accepte.

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Durant l'année 1930, Berenice Abbott prend ses premières photographies de New York qui sont publiées en mai 1930 par la revue Architectural Record.

Berenice Abbott rencontre le photographe Walker Evans peu après son retour aux États-Unis, qui lui aussi photographie New York et les deux partagent un style qui les rapprochent et les deux ont en horreur le style des pictorialistes qu'ils jugent désastreux. Elle en profite pour lui montrer les clichés d'Eugène Atget, qui ont également influencé Walker Evans.

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En novembre1931 Berenice Abbott contacte le musée de la ville de New York pour qu'il puisse établir une exposition de ses photographies de New York, en vain parce que son directeur Harding Scholle lui répond qu'il n'a pas les fonds nécessaires pour cela. Alors, en 1932, elle présente son projet qu'elle nomme Changing New York à la New-York Historical Society, avec l'argument « le vieux New York est en train de disparaitre à vue d'œil ! » mais son plaidoyer tombe dans des oreilles de sourds. Alors elle photographie à tout va ce qui reste du vieux New York avant qu'il ne soit trop tard. Elle invite la responsable du secteur "photographie" du musée de la ville de New York, Romana Javitz (en) pour lui présenter ses clichés, elle est conquise et lui achète plusieurs photos pour cinq à dix dollars (soit l'équivalent de sommes entre 100$ et 200$ en 2025) chacune ce qui lui permet de pouvoir envisager financièrement l'avenir de façon sereine.

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En 1934, le musée de la ville de New York expose 41 clichés de Berenice Abbott, en octobre 1934, Elizabeth McCausland publie une recension favorable dans les colonnes du Springfield Republican, cette critique d'art devient une championne inconditionnelle de Berenice Abbott. Elles se rencontrent en 1935 et nouent une amitié qui durera 30 ans.

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L'été 1935 vient et Berenice Abbott n'a toujours pas de réponse concernant son exposition, alors elle part avec Elizabeth McCausland, elles prennent la route pour parcourir le Sud profond en empruntant l'U.S. Route 1 du Maine jusqu'à la Floride, en passant Saint Louis en ayant à l'esprit le travail du photographe Roy Stryker pour la Farm Security Administration. Elle prend environ 400 clichés qui ont pour sujet la pauvreté des habitants consécutive à la Grande dépression et la disparition progressive des petites villes longées par l'autoroute et autour du barrage Norris, plusieurs de ces photographies sont publiées par le New York Times. mais elle ne trouve aucun éditeur pour publier l'intégralité de ses photos commentées par Elizabeth McCausland.

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En septembre 1935, le Federal Art Project approuve le projet de l'exposition et lui verse un salaire mensuel d'un montant de 145$. Ce revenu lui permet de louer une camionnette et son chauffeur pour transporter son matériel de prises de vues, une chambre noire et une assistante pour référencer ses différents clichés. En 1936, le Federal Art Project lui alloue une automobile Ford 1932 dotée d'un coffre suffisamment grand pour transporter son matériel.

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Berenice Abbott, se lance alors, faisant fi des multiples obstacles, elle parvient en négociant avec les syndics des immeubles pour installer son appareil photo sur les toits. Bien qu'étant sujette au vertige, elle n'hésite pas à prendre des photos du haut des gratte-ciels, provoquant des menaces et des poursuites par les policiers

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Parmi ses photos remarquables, il y a celles des lignes du métro aérien de la seconde et troisième avenue et celle du Horn & Hardart automat menu.

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Lors de sa parution, Beaumont Newhall, un universitaire spécialiste de la photographie écrit : « Changing New York est le meilleur de ce qu'on peut faire en matière de documentaire photographique ». 

En 1935, Berenice Abbott obtient un poste d'enseignement de la photographie à la New School for Social Research ce qui lui assure un revenu fixe. Elle anime des ateliers l'un à destination des étudiants de première année et l'autre pour des étudiants confirmés. Elle donnera des cours jusqu'en 1958.

Des contenus de ses cours sont publiés en 1941 sous le titre de A Guide to Better Photography, dans un des chapitres A Point in View, elle expose sa critique des pictorialistes qui sont davantage soucieux de faire de belles photographies en utilisant tous les techniques de retouches possibles plutôt que de montrer ce qui est face de l'objectif. C'est l'occasion pour elle de répéter que, selon elle : « la photographie a pour but de communiquer la réalité de la vie, les faits présents autour de nous. ».

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Elle explique son attrait pour la photographie scientifique dans une lettre adressée à un de ses proches Charles C. Adams, un zoologiste, directeur du New York State Museum, lettre dans laquelle elle exprime son souhait de faire un pont entre la science et le profane. 

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Elle déclare : « Nous vivons dans un monde façonné par la science... mais nous ne comprenons pas ou n'apprécions pas les connaissances qui contrôlent ainsi la vie quotidienne », elle pense que la photographie peut être un moyen de compréhension pour les personnes qui le veulent. Nourrie par cette nouvelle conviction, elle se lance dans ce nouveau défi où « elle se vit comme une puce attaquant un géant ».

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Quand l'éditeur de Berenice Abbott contacte le Museum of Modern Art pour qu'il accepte d'exposer des photographies, son nouveau directeur du département de la photographie Edward Steichen oppose un non tranchant, estimant qu'il s'agit de clichés ordinaires, sans importance aucune.

Il faut préciser que Edward Steichen est un pictorialiste. Quand il organise une exposition dédiée aux femmes photographes, y figurent des clichés de Margaret Bourke-White, Dorothea Lange, Lisette Model, Esther Bubley, Helen Levitt et d'Imogen Cunningham mais pas un seul de Berenice Abbott, elle se sent marginalisée, situation qu'elle n'apprécie guère. 

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En 1951, Berenice Abbot est invitée au Institut Aspen du Colorado qui organise une conférence sur la photographie. Quand vient son tour de prise de parole, elle est prise de panique, mais elle ne démonte pas, elle reprend ses critiques envers le pictorialisme, qu'elle renomme "super-pictorialisme", mouvement soucieux de publier de jolis clichés comparables à des tableaux ; elle répète que la photographie doit suivre son propre chemin sans chercher à imiter quelque media que ce soit, se démarquant ainsi d'Edward Steichen, Paul Strand et d'Alfred Stieglitz.

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Le Physical Science Study Committee (PSSC) a besoin d'un photographe pour illustrer les grands principes de la science aux profanes notamment pour un manuel scolaire. C'est dans ce cadre que Berenice Abbot rencontre en février 1958 le directeur du PSSC à la suite de cet entretien décide de l'embaucher à partir du 1er mars 1958 avec un salaire annuel de 12 000 $ qui la met à l'abri de tout souci matériel.

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Son travail de photographe scientifique est regardé avec doute et scepticisme par la communauté des scientifiques notamment parce qu'elle est une femme qui vient s'aventurer dans des domaines réputés à l'époque comme réservés aux hommes.

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Entre 1959 et 1965, la Smithsonian institution pour valoriser le travail de Berenice Abbot comme étant l'une des dix meilleures photographes américaines sponsorise une exposition itinérante de ses photographies scientifiques. 

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À la suite de la mort d'Elizabeth McCausland, elle vit en recluse avec pour seule compagnie son chat Butch.

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En 1968, Berenice Abbott lègue au Museum of Modern Art l'intégralité des clichés, négatifs et autres documents d'Eugène Atget qui sont en sa possession.

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En 1989, Julia van Haaften, la conservatrice de la New York Public Library, organise une exposition pour célébrer les 60 ans de carrière photographique de Berenice Abbott, titrée « Berenice Abbott, Photographer, a Modern Vision ».

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