
Le naturalisme
[Musée d'Orsay] En 1895, dix ans seulement après avoir abandonné la médecine pour la photographie, Peter Henry Emerson publie Marsh Leaves [Feuilles des marais], son dernier livre illustré.
Il est aujourd'hui difficile d'imaginer ce qu'un lecteur a pu alors éprouver face aux paysages qu'il contient, aussi dépouillés et évanescents qu'étaient denses, terriennes et incarnées les images de Life and Landscape on the Norfolk Broads [Vie et paysages dans les marais du Norfolk], son premier recueil paru en 1886.
Entre les deux se dessine une évolution manifeste, du modèle pictural de Jean-François Millet à celui de James Abbott Mc Neill Whistler et de l'art japonais, du propos documentaire à la poésie pure. Si l'œil du XXIe siècle perçoit immédiatement la radicalité formelle à laquelle Emerson est finalement parvenu, il est plus difficile de soupçonner la vivacité des débats esthétiques que le premier coup de maître avait en son temps suscités.
Fondant le naturalisme photographique, ses écrits sont d'ailleurs là pour rappeler que sous les eaux dormantes de cette Angleterre rustique et atemporelle se cache l'un des polémistes les plus virulents de l'histoire de la photographie.
[Wallpaper] Peter Henry Emerson proclame bientôt la mort de la photo naturaliste à cause d’un cliché de George Davison, The Onion Field, un sténopé de 1890. Peter Henry Emerson défend la photographie technique et George Davison crée une photo qui répond aux caractéristiques du naturalisme mais sans la technique (puisque le sténopé laisse une grande place au hasard quant à la technique de prise de l’image).
Tout ce que fait Emerson pour défendre la photographie en tant qu’art majeur est détruit par un seul cliché. George Davison démontre que la photo peut être un moyen d’expression de son propre moi.
Le pictorialisme constitura l’étape suivante de ce processus.
