

- [Alfred Stieglitz - autoportrait]
1864 - 1946
Alfred Stieglitz
[Wikipédia] Alfred Stieglitz né le 1er janvier 1864 à Hoboken (New Jersey) et mort le 13 juillet 1946 à New York est un photographe, un galeriste et un éditeur américain. Il est le fondateur de la revue indépendante Camera Work. Promoteur de l'art moderne tant européen qu'américain au cours de ses 50 ans de carrière, il a contribué à faire de la photographie une forme d'art reconnue.
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En 1881, Alfred Stieglitz étudie d'abord au Realgymnasium (de) de Karlsruhe, puis à la Königliche Technische Hoch Schule de Berlin. Ses études secondaires achevées, il suit des cours à l'université Humboldt de Berlin où il a pour professeur le physicien Hermann von Helmholtz et le chimiste Hermann Wilhelm Vogel qui, en 1884, découvre comment rendre les négatifs sensibles à toutes les couleurs, à l'exception du rouge. Stieglitz s'intéresse dès lors à la photographie et parvient à convaincre Vogel et les administrateurs de l'école de lui permettre d'accéder à la chambre noire vingt-quatre heures sur vingt-quatre. En contrepartie, il s'occuperait du laboratoire. Grâce à sa formation en chimie et à son désir de repousser les limites du médium et de perfectionner la technique de la chambre noire, Stieglitz est désormais en mesure d'expérimenter la chimie photographique de manière intensive.
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Les œuvres les plus novatrices de cette période, et celles qui présagent son évolution future, sont l'exploration nuancée des motifs d'ombre et de lumière, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. C'est pendant son séjour à Berlin, qu'il réalise sa photographie Sun Rays—Paula, qu'il ne rendra publique qu'en 1921.
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En 1887, il remporte à Londres le premier prix de la revue Amateur Photographer, jugé par Peter Henry Emerson pour sa photographie intitulée The Last Joke, Bellagio. L'année suivante, il remporte le premier et le deuxième prix du même concours, et sa réputation commence à s'étendre après la publication de ses travaux dans plusieurs magazines photographiques allemands et britanniques.
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Bien que Stieglitz ait travaillé assidûment sur les aspects chimiques et techniques de la photographie, il croyait fermement que la photographie était une forme d'art. « Les artistes qui ont vu mes premières photographies ont commencé à me dire qu'ils m'enviaient, que mes photographies étaient supérieures à leurs peintures, mais que, malheureusement, la photographie n'était pas un art […]. Je ne comprenais pas pourquoi les artistes m'enviaient pour mon travail, et dans le même souffle, le décriaient parce qu'il était fait avec une machine - leur peinture [était] de l'« art », car le travail [fait] à la main était considéré comme nécessairement supérieur […]. C'est là que j'ai commencé mon combat […] pour la reconnaissance de la photographie en tant que nouveau moyen d'expression, à respecter à part entière, au même titre que toute autre forme d'art. » .
Dès 1880, il rallie le courant du pictorialisme, qui revendique le côté artistique de la photographie.
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Il rejoint la Society of Amateur Photographers de New York en 1891 ; en 1896, cette Société fusionne avec The Camera Club of New York qui organise des expositions. Il se concentre également sur la photographie des rues de New York. À la fin de l'année 1892, Stieglitz achète son premier appareil photo portatif, un appareil à pellicule Folmer & Schwing 4×5, ce qui lui permet plus de spontanéité. Il utilise tous les moyens à sa disposition pour transformer ses images, de « photographies [en] tableaux ». Il recadre radicalement ses négatifs pour éliminer les éléments gênants et étrangers à ses compositions. Il les agrandit, souvent pour en faire des tirages plus grands et pour retoucher facilement certaines parties des images. Il réalise des tirages au charbon, à la gomme bichromatée et en photogravure dans des tons gris charbon et bruns, voire rouges, verts et bleus. Il met soigneusement les tirages finis sous passe-partout et les encadre.
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En novembre 1893, Stieglitz a 29 ans, il épouse Emmeline Obermeyer âgée de 20 ans, sœur de son ami et associé Joe Obermeyer et fille d'un riche brasseur, elle ne partagera pas les intérêts artistiques ou culturels de son mari. Au début de 1894, Stieglitz et sa femme partent pour un voyage en France, en Italie et en Suisse. Stieglitz photographie beaucoup au cours de ce voyage, produisant certaines de ses premières images célèbres telles A Venetian Canal, The Net Mender et A Wet Day on the Boulevard, Paris. Pendant son séjour à Paris, Stieglitz rencontre le photographe français Robert Demachy, qui devient un correspondant et un collègue pour la vie.
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Il acquiert une renommée internationale en organisant, en 1902, au National Arts Club de New York, une impressionnante exposition de photographies à laquelle participent les photographes du groupe Photo-Secession qui compte parmi ses membres fondateurs Gertrude Käsebier, Edward Steichen, Clarence Hudson White ou Joseph Keiley avec lequel Stieglitz se lie d'amitié et collabore régulièrement, mettant au point avec ce dernier un perfectionnement du procédé de phototypie à la glycérine inventé par Alphonse Poitevin. Cette exposition n'inclut cependant pas le travail des photographes déjà connus tels Carleton Watkins, William Henry Jackson, ou Edward Sheriff Curtis. Il publie de 1902 à 1917, outre des photos d'artistes ayant participé à l'exposition de 1902, une nouvelle revue indépendante qu'il fonde et dirige, Camera Work pour la rédaction de laquelle, il emploie Charles Henry Caffin. Il travaille avec le procédé de photogravure, méthode de reproduction de photographies, à l'encre pour des tirages importants de grande qualité.
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C'est au cours d'un voyage en Europe, à bord du Kaiser Wilhelm II, que Stieglitz capture ce qui est reconnu, avec The Terminal, comme l'une de ses photographies les plus célèbres L'Entrepont (The Steerage), en braquant son appareil photo sur les passagers des classes inférieures à l'avant du navire.
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Pendant son séjour en Europe, Stieglitz assiste à la première démonstration du procédé de photographie en couleur autochrome des frères Lumière, il l'expérimente aussitôt à Paris avec Steichen, Frank Eugene et Alvin Langdon Coburn. Il emporte trois des autochromes de Steichen à Munich afin de faire réaliser des reproductions en quadrichromie pour les insérer dans un numéro de Camera Work.
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De 1905 à 1917, il dirige la Galerie 291, située au 291, Cinquième Avenue à New York, où, en 1908, il est le premier à exposer les œuvres d'artistes européens avec des dessins inédits d'Auguste Rodin ou des toiles de Pablo Picasso, Henri Matisse, Georges Braque, Paul Cézanne ou Francis Picabia, des sculptures de Brancusi et même de Marcel Duchamp[24] au public américain.
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À partir de 1910 et jusque dans les années 1920 et 1930, Alfred Stieglitz réalise une série de portraits d'artistes et d'auteurs américains qui l'entouraient. Ces images révèlent l'abandon par Stieglitz du pictorialisme au profit de la photographie directe, tout en témoignant de l'intimité du photographe avec ses sujets.
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Il gère ensuite d'autres galeries, « The Intimate Gallery » (1925-1929), « An American Place » (1929-1946). Ces deux dernières petites galeries étaient consacrées presque exclusivement à des expositions d'artistes modernistes américains que Stieglitz admirait tels Charles Demuth, Arthur G. Dove, Marsden Hartley, John Marin et Georgia O'Keeffe ou Gaston Lachaise et Oscar Bluemner. Dans une moindre mesure, il expose également les œuvres de photographes américains ; en 1936, il expose le travail d'Ansel Adams, vingt ans après celui de Paul Strand, et deux ans plus tard, il expose le travail d'Eliot Porter. Grâce à ces efforts, Stieglitz contribue au respect du public pour l'art américain.
Vers 1917, il cesse la publication de Camera Work, et son style photographique change ; alors qu'au début du siècle, la meilleure méthode pour prouver la légitimité de la photographie en tant que moyen de création semblait suggérer de s'approprier l'apparence du dessin, de l'estampe ou de l'aquarelle dans les tirages photographiques finis, de telles pratiques ont commencé à sembler peu judicieuses après la Première Guerre mondiale. Stieglitz est de plus en plus intrigué par une esthétique visuelle plus moderne pour la photographie. Il s'intéresse à la photographie pure. Il prend conscience de ce qui se passe dans la peinture et la sculpture d'avant-garde et trouve que le pictorialisme ne représente plus l'avenir, mais le passé. En cela, il a été influencé en partie par le peintre Charles Sheeler et par le photographe Paul Strand, puis par le jeune Edward Weston. Il commence une série de plusieurs centaines de photographies de son « âme sœur » ou « double féminin » enfin trouvée, sa future femme, de 24 ans sa cadette, Georgia O'Keeffe. Son refus d'enfermer la personnalité de l'artiste dans une seule image était en accord avec plusieurs idées modernistes : l'idée d'un sentiment de soi fragmenté, engendré par le rythme rapide de la vie moderne ; l'idée qu'une personnalité, comme le monde extérieur, est en constante évolution, et peut être suspendue mais non arrêtée par l'intervention de l'appareil photo ; et, enfin, la prise de conscience que la vérité dans le monde moderne est relative et que les photographies sont autant une expression des sentiments du photographe pour le sujet qu'un reflet du sujet représenté.
Il réalise, dans un esprit similaire, ses plus belles œuvres, alors qu'il vit dans les Adirondacks, dont ses nuages, nommés Équivalents. Les photos de nuages étaient des portraits non manipulés du ciel qui fonctionnaient comme des analogues de l'expérience émotionnelle de Stieglitz au moment où il déclenchait l'obturateur. Stieglitz, comme nombre d'artistes de son cercle, a soutenu que l'art visuel pouvait revêtir les mêmes qualités non représentatives (figuratives), [mais] émotionnellement évocatrices que la musique.
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En 1924, il offre 27 photographies au Museum of Fine Arts de Boston. Il est le premier à faire ce genre de don. La même année, il épouse Georgia O'Keeffe et reçoit la médaille du progrès de la Royal Photographic Society.
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Dans la dernière décennie de sa vie, Stieglitz se consacre principalement à la gestion de ses galeries, correspond avec de jeunes photographes comme Todd Webb, et réalise de moins en moins de photographies à mesure que sa santé et son énergie déclinent.
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