
1820 - 1850
Charles Nègre
Musée de la Photographie de Nice] Charles Nègre est né le 9 mai 1820 à Grasse où son aïeul originaire de la région de Milan avait immigré en 1778. Ses parents tenaient une confiserie renommée. Il se destine à la peinture et part à Paris en 1839 pour intégrer l’école des Beaux-arts dans l’atelier prestigieux du peintre Paul Delaroche.
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Outre une excellente formation de peintre, Charles Nègre développe rapidement un intérêt pour la photographie. Il déclarera plus tard « Assistant à une des séances de l’Académie où furent présentées des images daguerriennes, je fus frappé d’étonnement à la vue de ces merveilles et, entrevoyant l’avenir réservé à cet art nouveau ; je pris la résolution d’y consacrer mon temps et mes forces ». Il va utiliser ce nouveau procédé comme un outil de recherche pour parfaire ses compositions peintes, la photographie se substituant aux dessins préparatoires.
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La photographie prend une place de plus en plus importante dans sa création artistique. Le passage de la peinture à la photographie se situe au début des années 1850 quand il ouvre son premier studio au 21 Quai Bourbon, sur l’Île Saint-Louis à Paris, avec comme voisins ses amis Lesecq et Legray. Au début, Charles Nègre semble se contenter de reprendre les techniques déjà éprouvées par d’autres avant lui, apportant en revanche un grand soin à la qualité des tirages. Le résultat plastique comptait plus que l’invention de procédés nouveaux. Comme tous ces premiers photographes qui préparaient eux-mêmes leurs papiers, dosaient leurs produits chimiques, Charles Nègre paraît avoir eu de solides bases en physique et chimie, ainsi qu’en témoignent les notes de ses carnets personnels conservés dans des collections particulières.
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Charles Nègre fait partie de ces pionniers qui ont apporté à la photographie tant par son ingéniosité technique que par ses talents d’artiste. Grâce à lui et à son audace, la photographie de rue devient possible. Contrairement à ses contemporains qui restent dans leurs studios pour réaliser des mises en scènes exotiques, Charles Nègre n’hésite pas à descendre dans la rue pour prendre des photographies des moments de vie de la capitale. Il ne s’agit pourtant pas encore de photographie sur le vif.
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Les Ramoneurs (vers 1851) est l’un des chefs-d’œuvre photographiques de Charles Nègre considéré comme une étape importante de l’histoire de la photographie puisqu’il représente un des tous premiers essais de capture du mouvement. On imagine mal aujourd’hui l’étonnement ressenti à l’époque devant ces premières images de passants en mouvement.
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En 1856, il reçoit une commande de l’État français pour la cathédrale de Chartres. Grâce à son procédé, il en saisit parfaitement tous les détails de l’architecture. Les planches qu’il réalise entre 1856 et 1857 dans le cadre de la Monographie de la Cathédrale de Chartres constituent par leur dimension et leur réalisation magistrale, un chef-d’œuvre de l’héliogravure.
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Il cherche toujours le point de vue qui offre la composition la plus belle. Dans ses paysages comme dans ses portraits, la construction de l’image est très présente. On peut parler de reportage au sens moderne du terme dans la mesure où la présence humaine joue un rôle indéniable dans sa manière de photographier.
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Afin de réaliser des vues documentaires et pittoresques, les premiers plans sont parfois animés de personnages familiers des rues de Nice comme les bugadières, les pêcheurs et artisans, à l’image des vues parisiennes réalisées des années plus tôt.
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Cette approche de la photographie de rue préfigure la naissance de la photographie sociale.
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Charles Nègre n’hésitait pas à retoucher ses négatifs grâce à sa solide formation de peintre. Sur le négatif, il masquait le ciel en noir opaque avec du papier et du pigment noir pour avoir un ciel blanc sur le tirage, la clientèle des hivernants n’aurait pas supporté un ciel tourmenté et menaçant. Il retouchait le ciel au crayon ou avec de la poudre de graphite estompée pour l’animer de petits nuages, rajoutait de la fumée sortant des cheminées des bateaux ou encore des reflets dans l’eau. Il n’hésitait pas non plus à gratter l’émulsion de ses plaques pour obtenir des détails nets et sombres et donner plus de profondeur au paysage. Si la plupart des personnages visibles sur les plaques posent mis en scène avec l’aide d’un assistant, ils étaient souvent flous car il était difficile de ne pas bouger pendant une minute ou deux. Ils étaient parfois retouchés voire redessinés par le photographe.
La photographie la plus célèbre de Nice a été prise le 28 avril 1865. Tel un reporter, Charles Nègre tente de reproduire l’instantané. Le 24 avril 1865 mourait à Nice le Tzarevitch Nicolas Alexandrovitch. Le 28 avril, son corps est transporté depuis l’église russe de la rue Longchamp jusqu’au port de Villefranche pour être embarqué sur une frégate russe à destination de Saint-Pétersbourg. Le 15 mai 1865, Charles Nègre fait légaliser par la Préfecture de Nice l’attestation suivante : « Je déclare faire le dépôt légal d’une image photographique, faite instantanément, dont je suis l’auteur et l’éditeur. Cette image représente le moment où le convoi funèbre de S.A.I. le Grand Duc Tzarevitch passe sur le Pont Neuf, à Nice, le 28 avril 1865 ».
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Ses problèmes de santé s’aggravant, il finit par cesser toute activité comme photographe et retourne à Grasse en 1878 où il meurt dans l’anonymat le 16 janvier 1880 à l’âge de 60 ans. Il repose au cimetière Sainte-Brigitte de Grasse. Bien qu’il se soit toujours revendiqué peintre, Charles Nègre occupe aujourd’hui une place majeure dans l’histoire de l’art et de la photographie autant pour ses images que pour son itinéraire singulier et visionnaire.
