top of page

> Dernière mise à jour :

8 juin 2026 à 14:27:48

6 Mois n°03

/

...

[6 Mois] La chute du mur de  Berlin a ouvert une nouvelle ère au début des années 1990. Dans la  représentation, rien n’a changé : l’Afrique reste le continent des  fléaux, de la pauvreté, de la corruption, de la maladie et de la guerre. Dans les faits, tout a basculé. Ni la pauvreté, ni la corruption, ni la  maladie, ni la guerre n’ont disparu, mais les règles du jeu ont changé.


Qui aurait imaginé qu’une femme soit élue, puis réélue, présidente du  Liberia ? Qui aurait imaginé que la Namibie, riche d’un uranium qui  intéresse Pékin, accueille 35000 Chinois ? Et surtout, qui aurait  imaginé que le tiers de la population africaine accède aux classes  moyennes, une catégorie sociale quasiment étrangère au continent jusqu’à  la fin du XXe siècle ? Sur un milliard d’Africains, 313 millions  appartenaient aux classes moyennes en 2010, d’après une étude de la  Banque africaine de développement.


Les critères retenus tiennent compte du coût de la vie : il suffit de  dépenser 2 à 20 dollars par jour pour en faire partie. Et cette  nouvelle donne est réversible : la majorité des « accédants » aux  classes moyennes vit avec 2 à 4 dollars par jour et peut rebasculer dans la pauvreté en cas de crise. Reste que cette évolution en entraîne  d’autres : qui dit accès aux classes moyennes dit baisse de la natalité,  demande en matière d’éducation, de santé, d’infrastructures et de…  démocratie. Pour les autocrates, les classes moyennes sont aujourd’hui  les classes dangereuses : ce sont elles qui ont fait la révolution en  Egypte et en Tunisie. Isabel et José Eduardo dos Santos devraient y  penser.


A Luanda, capitale la plus chère du monde pour les expatriés, les bidonvilles côtoient les quartiers de luxe construits par les Chinois. Les deux tiers de la population angolaise vivent avec moins de  2 dollars par jour. Plusieurs centaines de jeunes, de ceux qui se disent apolitiques et surfent sur Internet, ont osé manifester en 2011 pour  réclamer l’accès à l’eau et à l’électricité et dénoncer la corruption.  Rien de menaçant pour l’oligarchie qui, pour avoir fait la guerre,  maîtrise l’art du bâton. Mais vu la vitesse à laquelle mue le continent,  elle serait avisée d’y réfléchir. Tout comme les Occidentaux au service  des multinationales.


Ceux que Christian Lutz a photographiés au Nigeria ne sont d’évidence  là que pour servir des intérêts personnels. La population n’a pas les  mêmes. Les Nigérians l’ont montré au début de 2012, en manifestant avec  succès contre la hausse du prix de l’essence. Jamais, à Lagos, la  capitale économique, on n’avait vu un mouvement si bien organisé. Filda  Adoch, elle, a tout compris. Cette Ougandaise de 54 ans, dont la  photographe Martina Bacigalupo a suivi le quotidien, n’a accès ni à  l’eau ni à l’électricité. Elle ne fera jamais partie des classes  moyennes. Sa parole n’en est pas moins celle d’une sage. Le chemin sera  long. La colonisation a laissé ses us et coutumes en héritage, les  images de Guillaume Bonn en témoignent. Pendant deux ans, le photographe  a saisi des femmes de ménage, des chauffeurs, des jardiniers, sur leurs  lieux de travail, au Kenya. Ils étaient éberlués de voir un Blanc  porter son regard sur eux.

 

  • Le site de la revue >

  • Numéro / Exemplaires :

  • Edition, année et n° :

2012/1

  • Disponibilité éditeur :

Epuisé

  • Consultation :

Libre accès

  • Rangement BHL :

Revue

  • Rangement réserve :

REV#5

  • Traduction texte par IA :

TRAdoc_0000_Picto Téléchargement-100px.png
  • Tags :

6 Mois

* consultation des livres "sur demande" réservés aux Amis de la BHL

ouverte à tous, la bibliothèque des hautes lumières est animée par l'association Emulsion et le Minimistan
bottom of page