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8 juin 2026 à 14:27:46

6 Mois n°07

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[6 Mois] Russie, l’appel du Nord - La nouvelle frontière.


Le réchauffement  climatique de l’Arctique est tout bénéfice pour les ingénieurs de la  mondialisation. La fonte des glaces leur offre des perspectives  mirifiques : l’accès à de gigantesques réserves de matières premières et  l’ouverture de voies maritimes pour les transporter.


Le sous-sol du Grand Nord russe est particulièrement garni. Riche en or,  diamant, zinc, plomb, etc., il recèlerait 30 % des réserves mondiales  en gaz naturel et 13 % des réserves pétrolières non découvertes. « Cette  région constitue la base de notre prospérité et de notre sécurité  futures », disait en 2008 un conseiller du ministre russe des Ressources  naturelles.


Dans ce nouveau grand jeu, la Russie a une longueur d’avance. La  conquête du Grand Nord russe a commencé dès 1930. Des villes ont été  construites au-delà du cercle polaire afin d’exploiter les richesses  géologiques. La conquête de l’Arctique, elle, était lancée dès 1937 avec  l’installation de stations polaires posées sur la banquise ou sur des  icebergs. Cette double politique a sombré avec l’URSS mais elle a été  réactivée dans les années 2000. Le Kremlin a mis en place un calendrier  afin de faire de l’Arctique « la base stratégique » de ses ressources  naturelles d’ici 2020.


Manque à la Russie le moyen de ses ambitions. Les entreprises russes ne  disposent pas des technologies nécessaires pour exploiter le Grand Nord.  Elles sont contraintes de passer des alliances avec les grandes  compagnies américaines, européennes et même chinoises pour explorer le  sous-sol et exploiter les gisements de gaz et de pétrole, dans la terre  gelée ou en mer. Des projets faramineux sont sans cesse annoncés puis  ajournés, comme celui de Chtokman, un immense gisement de gaz à  600 kilomètres au large des côtes.
La conquête de l’Arctique risque de coûter cher. L’exploitation du gaz  et du pétrole russes, comme de la nouvelle route maritime du Nord-Est,  exclut toute considération écologique. La région est pourtant menacée :  l’Arctique se réchauffe deux fois plus vite que les latitudes plus basses. Certains experts  n’excluent pas que la banquise ait complètement disparu au milieu du  siècle. Or plus elle fond, plus s’échappe le méthane emprisonné dans les  fonds marins. Il s’ajoute aux quantités considérables qui fuient déjà  du permafrost, le sol des régions arctiques en cours de dégel. Pour les  scientifiques, la libération massive de ce gaz au pouvoir de  réchauffement vingt fois supérieur à celui du dioxyde de carbone  pourrait provoquer un séisme climatique incontrôlable. Les hommes et les  femmes que Justin Jin a rencontrés dans des « colonies » au nord du  cercle polaire ont des préoccupations plus prosaïques. Loin de tout  habitat, ils vivent par des froids extrêmes dans des campements  provisoires, au gré des prospections et des forages.


Beaucoup plus à l’est, en Iakoutie, Evgenia Arbugaeva a vécu deux  étés avec des chasseurs de mammouths. Loin de la civilisation, des  hommes recherchent dans le sol gelé des défenses d’ivoire emprisonnées  depuis dix mille ans. À Norilsk, cité minière de l’Arctique, Elena  Chernyshova a cherché à comprendre comment l’on vit lorsque les nuits  durent vingt-quatre heures et l’hiver neuf mois. Construite par des  prisonniers du goulag à l’époque de Staline, Norilsk produit un  cinquième du nickel mondial. C’est la ville la plus polluée de Russie.

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2014/1

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